Des milliers de fûts radioactifs dans l’Atlantique menacent-ils les côtes de Loire-Atlantique ?

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Plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs ont été immergés dans les profondeurs de l’Atlantique Nord-Est au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Ils se situent à moins de 1 000 kilomètres à l’ouest de la ville de Nantes, tout au fond de l’océan Atlantique. Une vaste mission scientifique française vient d’observer plusieurs de ces conteneurs à près de 4 700 mètres de profondeur. Certains sont fortement dégradés et ont libéré une partie de leur contenu. À ce stade, les chercheurs ne signalent toutefois aucune menace directe pour Nantes ou le littoral de Loire-Atlantique.

Des déchets radioactifs abandonnés dans les abysses

Pendant plusieurs décennies, des États européens ont utilisé les grands fonds marins pour se débarrasser de déchets radioactifs. Plus de 200 000 fûts ont ainsi été immergés dans différentes zones de l’Atlantique Nord-Est.

Les conteneurs étudiés par les scientifiques reposent dans les eaux internationales. Ils se trouvent au cœur d’une plaine abyssale, à plusieurs centaines de kilomètres de l’Europe et à une profondeur supérieure à 4 700 mètres.

Ces déchets présentent principalement une activité faible ou intermédiaire. Ils ont été incorporés dans du ciment, du bitume ou de la résine avant d’être enfermés dans des fûts métalliques.

À l’époque, ces immersions étaient autorisées. Les fonds océaniques étaient encore considérés comme des milieux peu actifs, éloignés des populations et capables de contenir durablement ces substances. Les connaissances sur la biodiversité abyssale et la circulation des polluants y restaient très limitées.

Une première cartographie réalisée en 2025

Le CNRS pilote désormais le projet NODSSUM, pour « Nuclear Ocean Dump Site Survey and Monitoring ». Cette mission réunit des spécialistes de la physique nucléaire, de la géologie, de l’océanographie, de la biologie et de la chimie marine.

Une première campagne s’est déroulée entre juin et juillet 2025 à bord du navire océanographique L’Atalante. Le robot autonome UlyX a parcouru plus de 800 kilomètres au-dessus des fonds marins.

Équipé d’un sonar et de caméras à haute résolution, il a localisé 3 355 fûts sur une surface d’environ 163 km². Une cinquantaine de conteneurs ont été photographiés de près.

Ces observations ont révélé des états de conservation très différents. Certains fûts semblaient encore reconnaissables. D’autres présentaient une corrosion avancée, des déformations ou des ouvertures visibles.

Le Nautile envoyé au plus près des conteneurs

La seconde campagne NODSSUM s’est déroulée du 27 mai au 28 juin 2026 à bord du Pourquoi pas ?, navire de la Flotte océanographique française.

Cette fois, les chercheurs ont utilisé le Nautile, un sous-marin habité capable de descendre jusqu’à 6 000 mètres. Vingt plongées ont permis d’examiner directement les fûts et leurs alentours immédiats.

Plusieurs conteneurs présentent un état de dégradation avancé. Les scientifiques ont également observé des matières répandues sur les sédiments à proximité de certains d’entre eux.

Les instruments embarqués ont détecté des radionucléides caractéristiques des déchets immergés. Leur niveau d’activité s’est révélé supérieur à celui normalement attendu dans cette partie des grands fonds.

Cependant, les valeurs mesurées restent faibles. Les échantillons ont pu être manipulés sans mettre en œuvre de contraintes majeures supplémentaires en matière de radioprotection.

Pas de menace identifiée pour les côtes françaises

Ces premiers résultats ne permettent pas d’affirmer que les fûts menacent actuellement les côtes françaises. La radioactivité détectée concerne leur environnement immédiat, à plusieurs milliers de mètres de profondeur et très loin du littoral.

Aucune contamination significative à grande échelle n’a été mise en évidence à ce stade. Les scientifiques n’ont pas davantage signalé de transfert vers les eaux côtières de Loire-Atlantique.

La distance ne suffit toutefois pas à écarter toute conséquence environnementale. Les radionucléides peuvent se fixer aux sédiments, se dissoudre dans l’eau ou entrer dans des organismes vivants. Leur comportement dépend aussi des courants profonds et de leur nature chimique.

Les chercheurs doivent donc établir si les substances libérées restent concentrées autour des fûts ou si elles se déplacent progressivement dans l’écosystème abyssal.

Une biodiversité installée sur les fûts

La mission a également révélé une importante présence animale autour des déchets. Dans ces plaines principalement recouvertes de sédiments, les conteneurs offrent des surfaces dures sur lesquelles les organismes peuvent se fixer.

Des anémones, des coraux, des éponges et d’autres espèces ont colonisé les fûts. Des poissons, des crabes et des organismes vivant dans les sédiments fréquentent également ces structures devenues des récifs artificiels.

Cette biodiversité ne signifie pas que les déchets sont sans conséquence. Au contraire, la proximité directe entre les animaux et les matériaux dégradés pourrait favoriser le transfert de certains radionucléides vers les organismes vivants.

Des prélèvements d’eau, de sédiments, de poissons, d’anémones et de concombres de mer ont donc été rapportés à terre. Leur analyse permettra de rechercher d’éventuelles traces de contamination et d’étudier leur circulation dans la chaîne alimentaire abyssale.

Des chercheurs nantais au cœur de la mission

Le projet possède un lien direct avec Nantes. Le laboratoire Subatech, placé sous la tutelle de Nantes Université, du CNRS et d’IMT Atlantique, participe aux travaux scientifiques.

Son équipe de radiochimie et le groupe TRACES étudient le comportement des radionucléides dans l’environnement. Deux membres du laboratoire, Gilles Montavon et Maxime Chaillou, ont pris part à la campagne océanographique de 2026.

Ils ont notamment contribué à la préparation des protocoles et aux prélèvements destinés à caractériser la radioactivité dans les eaux profondes, les organismes et les sédiments.

À Nantes, d’autres chercheurs et ingénieurs vont désormais participer aux analyses en laboratoire. Ils chercheront à déterminer la nature des radionucléides détectés, leur concentration et leur capacité à migrer depuis les fûts.

La présentation du travail mené par Subatech est disponible sur le site de Nantes Université.

Des analyses attendues pendant plusieurs mois

Les premières mesures fournissent seulement une photographie partielle de la situation. Les échantillons doivent maintenant faire l’objet d’analyses beaucoup plus précises dans différents laboratoires français et étrangers.

Les scientifiques tenteront notamment de distinguer la radioactivité naturelle des substances issues des déchets. Ils étudieront aussi les mécanismes de dispersion dans l’eau, les sédiments et les organismes.

Ces travaux permettront d’évaluer l’étendue réelle de la pollution et ses conséquences pour les écosystèmes profonds. Ils pourront également servir à surveiller d’autres sites d’immersion dans le monde.

À ce jour, les observations confirment donc la dégradation de plusieurs fûts et la libération locale de radionucléides. Elles ne démontrent cependant pas l’existence d’un risque pour les habitants de Nantes, les plages de Loire-Atlantique ou les produits de la pêche côtière.

Un héritage environnemental encore méconnu

La mission NODSSUM apporte les données les plus précises recueillies depuis plusieurs décennies sur ces déchets immergés. Elle montre aussi que les grands fonds ne constituent pas des espaces isolés et dépourvus de vie.

Des plastiques et différents déchets industriels ont également été observés lors des plongées. Leur présence illustre l’empreinte durable des activités humaines, jusque dans les zones les plus profondes de l’océan.

Les résultats complets détermineront si une surveillance régulière doit être mise en place. En attendant, les scientifiques appellent à ne pas confondre la pollution locale constatée autour de certains fûts avec une menace radiologique immédiate pour les côtes françaises.

Les informations scientifiques sur la mission peuvent être consultées sur la page officielle du projet NODSSUM.

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