Greffe de pancréas à Nantes : pourquoi l’essai Ilipo cible les sept jours les plus critiques

Équipe chirurgicale réalisant une transplantation au bloc opératoire
LE MAGAZINE INTERACTIFÉdition Magazine Lundi 28 sept 2026Actualités locales, respirations et découvertes à parcourir.Feuilleter


La greffe de pancréas reste une opération rare et complexe. Au CHU de Nantes, un essai clinique baptisé Ilipo explore une piste précise : réduire la réaction inflammatoire qui peut survenir dans les jours suivant la transplantation et compromettre rapidement le greffon.

L’étude se concentre sur les sept premiers jours après l’opération, une période considérée comme particulièrement critique. Elle évalue l’utilisation de l’anakinra, un médicament déjà employé dans d’autres maladies inflammatoires.

À qui s’adresse une greffe de pancréas ?

La transplantation pancréatique concerne surtout des patients atteints d’un diabète sévère. Pour une grande partie d’entre eux, la maladie a déjà provoqué une insuffisance rénale avancée. C’est pourquoi la greffe de pancréas est fréquemment réalisée en même temps qu’une greffe de rein.

Le but est de restaurer une production d’insuline fonctionnelle grâce au nouvel organe. Cependant, même lorsqu’une intervention se déroule correctement sur le plan chirurgical, le greffon reste vulnérable dans les jours qui suivent.

Pourquoi certains greffons échouent-ils très tôt ?

L’une des complications redoutées est la thrombose, c’est-à-dire la formation d’un caillot qui peut empêcher le sang de circuler correctement dans les vaisseaux du greffon.

Les recherches menées à Nantes ont conduit les équipes à s’intéresser davantage au rôle de l’inflammation. Le phénomène dit d’ischémie-reperfusion peut intervenir lorsqu’un organe, temporairement privé de circulation pendant la transplantation, est de nouveau irrigué. Cette remise en circulation peut déclencher une réaction inflammatoire importante.

L’essai Ilipo cherche donc à agir très tôt sur cette réaction afin de protéger le pancréas transplanté.

L’anakinra testé pendant sept jours

Le traitement évalué dans l’étude est l’anakinra. Cette molécule bloque l’action de l’interleukine-1 bêta, une protéine impliquée dans les mécanismes inflammatoires.

Dans le protocole nantais, le médicament est administré durant les sept premiers jours suivant la transplantation. Ilipo est un essai de phase I. Cette première étape vise avant tout à vérifier la tolérance du traitement dans ce contexte particulier avant d’étudier son efficacité sur un nombre beaucoup plus important de patients.

Le CHU indique que quinze patients ont été inclus depuis juin 2026.

Pourquoi un essai de phase I ne permet pas encore de conclure

Dans la recherche clinique, les premières phases servent d’abord à répondre à des questions de sécurité : le traitement est-il bien toléré ? Quels effets indésirables observe-t-on ? La dose et la durée choisies sont-elles adaptées ?

Ce n’est qu’ensuite que des études plus larges peuvent évaluer avec davantage de recul l’efficacité réelle du traitement. Pour Ilipo, des analyses biologiques doivent aussi permettre de mieux comprendre la manière dont l’anakinra agit sur les mécanismes inflammatoires après la greffe.

Si les résultats sont suffisamment encourageants, le CHU envisage la possibilité d’un essai national associant plusieurs centres de transplantation.

Un projet mobilisant plusieurs spécialités du CHU

L’étude réunit les équipes de transplantation médicale et chirurgicale, la recherche clinique, le bloc opératoire, l’anesthésie-réanimation, l’hémostase, l’immunologie ainsi que le Centre de recherche en transplantation et immunologie.

Ce fonctionnement illustre la complexité d’une greffe d’organe : le succès ne dépend pas seulement du geste chirurgical, mais aussi du suivi immunologique, de la prévention des complications et de la surveillance du patient dans les jours puis les mois qui suivent.

La recherche en transplantation au cœur de l’écosystème nantais

Le CHU de Nantes développe parallèlement d’autres programmes de recherche clinique. Le partenariat signé avec Nantes Université et l’Inserm vise justement à accélérer la recherche en santé à l’échelle nantaise.

Dans un autre domaine, le CHU explore aussi une stratégie par anticorps bispécifiques dans le myélome multiple, montrant la diversité des essais conduits localement.

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