Pénurie de salades et poireaux : l’automne inquiète les maraîchers nantais

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100 % gratuit · Sans abonnement · Liberté de choisir Logo-Infos-Media-Nantes-sur-fond-violet Pénurie de salades et poireaux : l’automne inquiète les maraîchers nantaisUn service Infos Média Nantes
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Après un été 2026 marqué par cinq épisodes de canicule et une sécheresse exceptionnelle en Loire-Atlantique, les conséquences arrivent désormais sur les étals. Au MIN de Nantes Métropole, à Rezé, des professionnels alertent sur des volumes de salades en forte baisse et des difficultés à venir sur le poireau. Dans le bassin maraîcher nantais, l’automne s’annonce particulièrement tendu.

Le constat est inhabituel, même pour des professionnels habitués aux aléas climatiques. Au Marché d’intérêt national de Nantes Métropole, certains producteurs arrivent avec beaucoup moins de marchandises. D’autres n’ont parfois tout simplement rien à proposer.

Un responsable d’Atlantic Primeurs, grossiste installé au MIN de Rezé, évoque notamment le cas d’un important producteur de salades absent du marché faute de récolte disponible. Une situation qu’il qualifie d’inédite.

Après plusieurs semaines de températures élevées et de déficit de pluie, les effets de l’été commencent donc à se transmettre de la parcelle jusqu’au consommateur.

Seulement 2,2 mm de pluie à Nantes en juillet

Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur du phénomène.

Selon Météo-France, juillet 2026 a été le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France. Il figure également parmi les plus secs.

La région nantaise a été particulièrement touchée par le manque de précipitations. À Nantes, seulement 2,2 millimètres de pluie ont été relevés durant tout le mois de juillet.

À l’échelle nationale, le déficit pluviométrique approchait 70 %.

La situation s’est ensuite prolongée en août. Météo-France constatait encore, à la mi-août, une sécheresse généralisée des sols après des températures exceptionnellement élevées depuis la mi-juin.

Cinq canicules en Loire-Atlantique cet été

Dans la métropole nantaise, l’accumulation des épisodes chauds a amplifié les difficultés.

Nantes Métropole indique que la Loire-Atlantique a subi cinq épisodes de canicule au cours de l’été 2026.

À cela s’est ajoutée une baisse importante du débit des cours d’eau, notamment de la Loire.

Le 17 août, la situation était devenue suffisamment préoccupante pour que le département soit placé au niveau maximal de crise pour l’eau potable.

Les restrictions d’eau avaient d’ailleurs commencé bien plus tôt. Dès juin et juillet, plusieurs bassins versants de Loire-Atlantique avaient progressivement basculé en alerte renforcée ou en crise.

Pourquoi les salades souffrent autant de la chaleur

Les légumes feuilles figurent parmi les cultures particulièrement sensibles aux températures extrêmes.

Une salade a besoin d’une croissance relativement régulière. Lorsque les températures deviennent trop élevées, la plante peut ralentir fortement son développement.

Elle peut également monter prématurément en graines, perdre en qualité ou devenir impropre à la commercialisation.

La chaleur entraîne parallèlement une augmentation très importante des besoins en eau.

Or cet été, l’irrigation agricole a elle-même été soumise à des restrictions en Loire-Atlantique. Selon les secteurs, les cultures et les ressources utilisées, celles-ci pouvaient aller de limitations horaires jusqu’à des interdictions complètes.

Cette combinaison entre chaleur persistante, sols secs et disponibilité réduite de l’eau explique une partie des pertes constatées aujourd’hui.

Le poireau nantais pourrait être le prochain produit sous tension

Les professionnels regardent désormais vers l’automne avec inquiétude.

Le poireau constitue un enjeu majeur pour la Loire-Atlantique. Le département est historiquement l’un des principaux bassins français de production.

Les dernières statistiques agricoles départementales disponibles montrent l’importance de cette culture. En 2024, environ 258 hectares de poireaux étaient cultivés en Loire-Atlantique, pour une production dépassant 10 000 tonnes.

Le département représentait ainsi près des deux tiers de la production régionale.

Or les poireaux commercialisés durant l’automne se développent précisément pendant l’été. Des difficultés rencontrées en juillet et août peuvent donc apparaître plusieurs semaines plus tard dans les volumes récoltés.

Pourquoi « le plus dur » pourrait arriver en septembre et octobre

Une partie des légumes vendus pendant l’été avait commencé sa croissance avant les épisodes climatiques les plus sévères.

Le véritable impact des canicules successives peut ainsi apparaître avec un décalage.

Les plantations réalisées ou développées pendant les semaines les plus chaudes doivent désormais atteindre leur maturité. Si leur croissance a été interrompue, les volumes disponibles à l’automne peuvent diminuer.

Pour les grossistes du MIN, le risque concerne donc moins une rupture brutale de tous les légumes qu’une succession de pénuries ponctuelles, de calibres moins réguliers et de volumes insuffisants.

Les salades constituent déjà un premier signal.

La Loire-Atlantique est un poids lourd du maraîchage français

Cette situation prend une dimension particulière autour de Nantes.

La Loire-Atlantique possède l’un des principaux bassins maraîchers de France. Une trentaine de légumes y sont cultivés, avec une spécialisation historique autour de quelques productions.

Les données agricoles 2024 montrent notamment que le département concentrait :

  • 5 868 hectares de mâche, pour plus de 28 600 tonnes récoltées ;
  • 304 hectares de laitues, représentant environ 5 240 tonnes ;
  • 258 hectares de poireaux, pour plus de 10 280 tonnes.

La Loire-Atlantique demeure ainsi le premier département français pour plusieurs productions maraîchères, notamment la mâche.

Autour de Nantes, les exploitations sont particulièrement présentes dans la vallée de la Loire, le secteur de Grand-Lieu et la plaine de Machecoul.

Le MIN de Nantes, au centre de la chaîne

Le MIN de Nantes Métropole joue un rôle central dans cette organisation.

Installé à Rezé, il sert de point de rencontre entre producteurs, grossistes, restaurateurs, commerces alimentaires et vendeurs présents sur les marchés.

Atlantic Primeurs explique ainsi travailler principalement avec des détaillants et des commerçants ambulants.

Une baisse des volumes disponibles au MIN peut donc rapidement se répercuter sur les marchés de Nantes, Rezé, Saint-Herblain ou encore dans les communes du département.

Le phénomène peut également toucher les restaurants et commerces spécialisés dépendant de produits frais locaux.

Les salades vont-elles vraiment devenir hors de prix ?

Une baisse de production crée mécaniquement une pression sur les prix lorsque la demande reste élevée.

Mais il faut rester prudent : une pénurie locale ne signifie pas automatiquement une explosion durable des prix dans tous les magasins.

Grossistes et distributeurs peuvent se tourner vers d’autres bassins français ou vers l’importation lorsque les volumes régionaux deviennent insuffisants.

Cette solution a cependant ses limites. Si plusieurs régions agricoles connaissent simultanément les mêmes difficultés climatiques, les possibilités de remplacement se réduisent.

Les coûts de transport peuvent également augmenter le prix final.

Les prochains relevés du Réseau des nouvelles des marchés de FranceAgriMer permettront de mesurer plus précisément l’évolution nationale des cours.

Une situation paradoxale pour les producteurs

Une hausse du prix en rayon ne signifie pas nécessairement que les maraîchers gagneront davantage.

Lorsqu’une exploitation récolte beaucoup moins de légumes, elle dispose de moins de marchandises à vendre.

Dans le même temps, certaines charges restent identiques ou augmentent : main-d’œuvre, irrigation, énergie, plants, matériel ou protection des cultures.

Le revenu peut donc diminuer malgré des prix unitaires plus élevés.

FranceAgriMer soulignait déjà, dans son bilan précédent consacré au poireau, la difficulté des producteurs à absorber la hausse des coûts de production.

Quels légumes pourraient être concernés cet automne ?

Les situations varieront fortement selon les exploitations et les méthodes de production.

Les cultures irriguées à partir de ressources encore disponibles peuvent avoir mieux résisté. Les légumes cultivés sous serre ne subissent pas non plus exactement les mêmes contraintes que ceux de plein champ.

Mais plusieurs productions d’automne pourraient présenter des volumes irréguliers.

Les professionnels surveillent particulièrement les salades et les poireaux. D’autres légumes feuilles ou cultures ayant subi leur phase de croissance pendant les fortes chaleurs peuvent également être concernés.

La mâche, produit emblématique du bassin nantais, entrera elle aussi progressivement dans sa période de production automnale et hivernale.

La pluie de septembre peut-elle encore sauver les récoltes ?

Un retour des précipitations améliorerait la situation hydrique, mais ne réparerait pas toutes les pertes déjà enregistrées.

Une culture détruite ou arrivée prématurément à maturité ne peut pas être reconstituée immédiatement.

Pour certaines productions, il faudrait procéder à de nouveaux semis ou plantations. Cela décale alors de plusieurs semaines la période de récolte.

Des pluies régulières en septembre pourraient toutefois favoriser les cultures encore en développement et soulager les ressources en eau.

Elles seraient également essentielles pour préparer les productions d’automne et d’hiver.

Une question qui dépasse déjà l’été 2026

Au-delà de la hausse éventuelle du prix des salades ou du manque de poireaux, la situation interroge le modèle maraîcher nantais face au changement climatique.

Le territoire dispose d’une filière historiquement puissante. Mais certaines productions nécessitent des apports réguliers en eau pendant des périodes où cette ressource devient plus difficile à garantir.

Les exploitations travaillent déjà sur différents leviers : irrigation plus précise, choix variétal, stockage de l’eau, adaptation des calendriers ou protection des sols.

Cependant, une succession de canicules comme celle de 2026 pourrait imposer des transformations plus importantes.

Ce que pourraient constater les Nantais sur les étals

Pour les consommateurs de Loire-Atlantique, les prochaines semaines pourraient donc se traduire par plusieurs changements.

Certains légumes locaux pourraient être présents en quantité plus limitée. Les calibres pourraient aussi varier davantage et les prix devenir plus instables.

Les commerçants pourraient enfin proposer davantage de produits provenant d’autres régions françaises ou de l’étranger lorsque la production locale ne suffit plus.

Tout dépendra désormais de la météo de septembre et de l’état réel des cultures encore en terre.

Après un été exceptionnellement chaud et sec, l’automne 2026 pourrait ainsi constituer le véritable révélateur des dégâts subis par le maraîchage nantais.

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