Passerelle de Lavau-sur-Loire : Philippe Grosvalet demande de stopper sa destruction

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La contestation monte autour du projet de déconstruction de la passerelle de Lavau-sur-Loire. Après la mobilisation des habitants, le sénateur de Loire-Atlantique Philippe Grosvalet demande à Johanna Rolland de « reconsidérer » cette décision. L’ancien président du Département interroge notamment les financements engagés depuis la création de cette œuvre emblématique de l’estuaire.

La passerelle de Lavau-sur-Loire menacée de disparition

Elle serpente sur près de 800 mètres au milieu des roselières de Lavau-sur-Loire. Pourtant, la passerelle permettant de rejoindre l’Observatoire de Tadashi Kawamata doit être démontée à l’automne 2026.

Le bois de cette structure est aujourd’hui fortement dégradé. Le Voyage à Nantes, chargé de l’entretien des œuvres du parcours Estuaire, prévoit donc sa déconstruction.

L’annonce provoque cependant une importante mobilisation dans cette commune de Loire-Atlantique située entre Nantes et Saint-Nazaire.

Habitants et élus demandent désormais que d’autres solutions soient étudiées avant toute intervention irréversible.

Philippe Grosvalet interpelle Johanna Rolland

Le sénateur de Loire-Atlantique Philippe Grosvalet s’est à son tour saisi du dossier.

L’ancien président du Conseil départemental a adressé un courrier à Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole.

Il lui demande de « reconsidérer la décision de déconstruire la passerelle de Lavau-sur-Loire », qu’il présente comme un « trait d’union entre nos territoires ».

Pour le sénateur, le devenir de cet ouvrage ne peut pas uniquement être abordé sous l’angle de son vieillissement. Il soulève également une question patrimoniale, culturelle et financière.

Une œuvre devenue emblématique de l’estuaire de la Loire

L’histoire du site remonte aux premières éditions du parcours artistique Estuaire Nantes–Saint-Nazaire.

Le plasticien japonais Tadashi Kawamata avait imaginé un observatoire en bois au milieu des prairies inondables de Lavau-sur-Loire. La tour, créée en 2007, permet d’observer à 360 degrés les marais et l’estuaire de la Loire.

La passerelle a ensuite complété l’installation en 2009. Ce cheminement d’environ 800 mètres, aménagé à seulement 40 centimètres du sol, traverse directement les roselières.

Au fil des années, l’ensemble est devenu à la fois une œuvre artistique, un lieu de promenade et un élément du patrimoine local.

Des millions d’euros engagés autour du parcours Estuaire

Dans son courrier, Philippe Grosvalet revient également sur le financement public ayant accompagné le développement du parcours Estuaire.

Il rappelle que, pour l’édition 2009, le Conseil départemental de Loire-Atlantique avait accordé 700 000 euros. La Région des Pays de la Loire avait, de son côté, participé à hauteur de 225 000 euros.

La Ville de Nantes et Nantes Métropole avaient également engagé un million d’euros chacune.

Ces montants ne correspondent pas au seul financement de la passerelle de Lavau-sur-Loire. Ils concernaient plus largement les différentes réalisations et opérations liées à l’édition 2009 du parcours Estuaire.

Philippe Grosvalet estime néanmoins que l’importance de ces investissements publics oblige aujourd’hui à s’interroger sur la conservation des œuvres créées à cette période.

Une indemnisation après des problèmes de construction

Le dossier comporte également un important volet judiciaire.

La passerelle avait rapidement montré des signes de faiblesse. Un contentieux avait donc opposé les responsables du projet à plusieurs entreprises intervenues lors de sa construction.

Les décisions rendues en 2018 puis en 2020 ont abouti à une indemnisation d’environ 1,5 million d’euros, notamment en raison des désordres affectant l’ouvrage.

Ces fonds ont été versés au Voyage à Nantes et aux parties concernées dans le cadre du contentieux.

Pour les opposants à la déconstruction, cet épisode renforce aujourd’hui les interrogations sur les solutions qui pourraient encore permettre de réparer, adapter ou reconstruire la passerelle.

Philippe Grosvalet dénonce une possible « gabegie financière »

L’ancien président du Département rappelle également que des crédits ont été consacrés au fil des années à l’entretien du patrimoine du parcours Estuaire.

Il évoque notamment des enveloppes d’environ 60 000 euros inscrites au budget départemental en 2018, 2020 et 2025.

Dans ces conditions, Philippe Grosvalet considère que la disparition pure et simple de la passerelle serait difficilement compréhensible.

Le sénateur va jusqu’à évoquer une « gabegie financière » si l’ouvrage venait à disparaître sans qu’une solution de sauvegarde ou de remplacement soit sérieusement envisagée.

Une pétition approche les 4 000 signatures

La mobilisation avait commencé bien avant l’intervention du sénateur.

En juin, Jean-Yves Martin, géohistorien et ancien élu de La Chapelle-Launay, a lancé une pétition demandant la suspension de la déconstruction.

Elle approche désormais les 4 000 signatures.

Les signataires réclament notamment davantage de transparence sur les études ayant conduit à cette décision. Ils souhaitent aussi que les différentes options soient comparées avant le démontage : réparation, adaptation ou reconstruction du cheminement.

Une centaine de personnes mobilisées à Lavau-sur-Loire

La contestation s’est également déplacée sur le terrain.

Samedi 29 août 2026, environ une centaine d’habitants et de soutiens se sont réunis à Lavau-sur-Loire malgré la pluie, à l’appel du collectif « Sauvons la passerelle Kawamata ».

Le rassemblement visait à rappeler l’attachement d’une partie de la population à cette installation et à réclamer sa préservation.

Plusieurs élus ont également rejoint la mobilisation. Le député de Loire-Atlantique Matthias Tavel s’était déjà opposé au projet de déconstruction et demandé l’ouverture d’une concertation.

Pour les défenseurs de la passerelle, le sujet dépasse désormais la seule conservation d’un équipement touristique. Ils estiment que l’ouvrage fait partie du patrimoine culturel et paysager de l’estuaire de la Loire.

Un désaccord sur l’avenir du patrimoine Estuaire

L’affaire pose plus largement la question de la conservation des œuvres contemporaines installées dans l’espace public.

La passerelle est soumise depuis près de vingt ans à un environnement particulièrement contraignant. Le bois se trouve au cœur d’une zone humide, exposée aux intempéries et aux variations du marais.

Pour le gestionnaire, la dégradation de la structure pose donc des questions de sécurité, de coûts et de pérennité.

Les opposants demandent toutefois qu’un nouveau scénario soit étudié avant sa disparition définitive. Ils souhaitent notamment connaître précisément le coût d’une reconstruction avec des matériaux ou des techniques mieux adaptés au site.

L’appel de Philippe Grosvalet ajoute désormais une pression politique supplémentaire sur le Voyage à Nantes, Nantes Métropole et sa présidente Johanna Rolland.

À quelques semaines du démontage annoncé, l’avenir de la passerelle de Lavau-sur-Loire reste ainsi au cœur d’un débat mêlant culture, patrimoine, finances publiques et aménagement de l’estuaire de la Loire.

La présentation de l’Observatoire de Tadashi Kawamata est disponible sur le site d’Estuaire et Sillon Tourisme.

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