Louis Oury est mort à 93 ans : du chantier naval de Saint-Nazaire aux livres sur la mémoire ouvrière

Chantier naval de Saint-Nazaire en 2007, site industriel où Louis Oury avait travaillé à partir de 1953 ; photographie d'archive sans portrait de l'écrivain
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Louis Oury, ancien ouvrier des chantiers navals de Saint-Nazaire devenu ingénieur, écrivain et historien, est mort samedi 31 octobre 2026, à Couëron, en Loire-Atlantique. Il avait 93 ans. Auteur notamment de Les Prolos, il laisse une œuvre attachée à la mémoire ouvrière, à l’histoire sociale et aux événements marquants de la région nantaise.

De la métallurgie aux chantiers de Saint-Nazaire

Né le 23 septembre 1933 à Maumusson, en Loire-Atlantique, Louis Oury passe une partie de son enfance à Freigné, en Anjou. Issu d’un milieu rural, il se forme au métier de chaudronnier. En 1953, il entre aux chantiers navals de Saint-Nazaire, dans une industrie encore marquée par la reconstruction d’après-guerre.

Son expérience le place au contact du monde des ateliers, de ses gestes professionnels et de ses conflits sociaux. En 1955, les grandes grèves de la métallurgie à Saint-Nazaire et Nantes marquent profondément la région. Louis Oury les observe de l’intérieur. Ces années nourriront son premier livre et une partie importante de sa réflexion sur les rapports sociaux.

Parallèlement à son activité, il suit des cours du soir et une formation à distance. Il devient ingénieur dessinateur industriel et poursuit une carrière dans la métallurgie. Les chantiers navals de Saint-Nazaire, ceux de Dubigeon à Nantes et différents projets techniques jalonnent ainsi son parcours professionnel.

Les Prolos, le livre qui fait entendre les ouvriers

En 1973, Louis Oury publie Les Prolos, un récit ancré dans l’expérience des ouvriers des chantiers navals. L’ouvrage mêle l’apprentissage d’un jeune métallurgiste, les conditions de travail, la vie collective et la violence de certains affrontements sociaux. Il devient rapidement l’un des témoignages littéraires reconnus sur la condition ouvrière d’après-guerre.

L’auteur attire l’attention des médias, notamment de Bernard Pivot, et poursuit son travail d’écrivain. Les Prolos connaîtra plusieurs rééditions, dont une chez Agone en 2016. Cette transmission permet à de nouvelles générations de lecteurs de découvrir les grèves de 1955 et leur contexte humain.

Le livre ne se limite pas à raconter un métier. Il éclaire une époque où l’accès à la formation, l’affirmation des droits sociaux et les perspectives de mobilité professionnelle se nouaient autour de l’usine. Sa portée historique est également étudiée par les chercheurs. L’historienne Éliane Le Port a notamment analysé le témoignage de Louis Oury sur la grève nazairienne dans les Cahiers d’histoire.

Une œuvre consacrée à l’histoire locale et à la mémoire de la guerre

Louis Oury publie ensuite Les Feux du sacrifice, paru en 1979 et retenu dans la sélection du prix Goncourt, puis Rouget le braconnier, paru en 1984. Dans les années suivantes, ses ouvrages explorent aussi la Seconde Guerre mondiale, les réseaux de résistance et l’histoire nantaise.

Parmi ses titres figurent notamment Les Années noires, Le Cours des cinquante otages, Rue du Roi-Albert et des volumes autobiographiques. Ses récits accordent une place importante aux archives, aux témoins et aux destins ordinaires confrontés à de grands événements.

Cette double identité d’ancien ouvrier et d’écrivain-historien distingue son œuvre. Son savoir technique et son expérience vécue rejoignent un travail de recherche documentaire destiné au grand public. Pour Saint-Nazaire et Nantes, ses livres constituent aujourd’hui une porte d’entrée vers la mémoire des chantiers, de la Résistance et des transformations sociales du XXe siècle.

Un héritage littéraire et documentaire en Loire-Atlantique

Au cours de sa vie, Louis Oury a écrit dix-sept livres. Son parcours est également reconnu par l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire, qu’il rejoint dans les années 1980. Une partie de sa documentation historique, industrielle et littéraire a été rassemblée dans un fonds à la Bibliothèque nationale de France en 2006.

En 2016, le magazine du Département de Loire-Atlantique lui consacrait un portrait, soulignant le parcours d’un homme passé du métier de chaudronnier à celui d’ingénieur et d’écrivain. L’association Les Romanciers nantais présente sa bibliographie, tandis que son éditeur Agone retrace son parcours.

Un hommage à Louis Oury était annoncé ce mercredi 4 novembre 2026, à 9 h 30, au crématorium du cimetière Parc, à Nantes. Sa disparition rappelle la valeur des témoignages des hommes et des femmes de l’industrie, dont les récits aident à comprendre l’histoire collective de Loire-Atlantique.

Photographie d’archive des chantiers navals de Saint-Nazaire en septembre 2007, après la carrière professionnelle de Louis Oury. Ce visuel montre le site industriel et non l’écrivain. Photo : Wikineptune / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 ; image recadrée.

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