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C’est un vestige industriel exceptionnel qui domine encore les bords de Loire, à quelques kilomètres de Nantes. La tour à plomb des anciennes fonderies Pontgibaud, à Couëron, fait partie des 100 sites retenus pour le Loto du patrimoine 2026. Haute de 70 mètres, elle serait aujourd’hui la seule tour de ce type encore conservée en France et l’une des quinze dernières dans le monde. Une restauration complète doit désormais permettre de sauver ce monument très particulier.
Elle constitue depuis près de 150 ans l’une des silhouettes les plus reconnaissables de Couëron. Mais derrière ses 70 mètres de hauteur, la tour à plomb des fonderies Pontgibaud cache aussi une histoire industrielle devenue extrêmement rare.
Lundi 31 août 2026, la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern a annoncé sa sélection parmi les 100 sites départementaux retenus cette année en France.
Le monument de Loire-Atlantique bénéficiera ainsi d’une aide issue de la neuvième édition du Loto du patrimoine pour contribuer à financer sa restauration.
Une tour devenue unique en France
La particularité du bâtiment tient d’abord à son ancienne fonction. Contrairement à une tour d’observation ou à un ouvrage défensif, celle de Couëron était une véritable machine industrielle construite pour fabriquer du plomb de chasse.
Le procédé exploitait toute la hauteur de l’édifice. Du plomb liquide était transformé en petites gouttelettes qui chutaient à l’intérieur de la tour. En refroidissant pendant leur descente, elles prenaient progressivement une forme sphérique.
Ce type d’installation a presque totalement disparu. Selon la Fondation du patrimoine, la tour de Couëron est désormais la seule tour à plomb française construite pour cette production encore conservée.
Elle fait également partie des quinze dernières tours de ce type subsistant dans le monde.
Un témoin des anciennes fonderies Pontgibaud
L’histoire du site industriel débute au XIXe siècle. Les Fonderies et Laminoirs de Couëron s’installent en 1861 avant de devenir quelques années plus tard les Fonderies Pontgibaud.
La tour est édifiée à la fin des années 1870 au sein de cet immense ensemble industriel installé en bord de Loire.
Elle ne se résumait pas à une grande enveloppe en maçonnerie. L’ensemble de son architecture avait été pensé autour du processus de fabrication, avec des équipements répartis verticalement sur plusieurs dizaines de mètres.
La production s’arrête finalement en 1957. Une partie des installations et de l’outillage reste néanmoins préservée à l’intérieur.
La Ville de Couëron rachète la tour en 1987. Elle est ensuite classée au titre des Monuments historiques en 1993.
Un bâtiment de 70 mètres aujourd’hui fragilisé
La conservation d’un tel édifice représente cependant un défi considérable.
La Fondation du patrimoine relève aujourd’hui plusieurs désordres liés à l’âge de la tour, à sa conception et aux anciennes activités industrielles qui s’y déroulaient.
La partie haute est particulièrement surveillée. Une charpente sous-dimensionnée tend à se désolidariser et entraîne un risque de chute de matériaux. Des câbles et dispositifs de contention ont déjà été installés pour sécuriser l’ensemble.
Le fût de la tour présente lui aussi des fragilités. Des filets de protection ont notamment été posés en 2024 pour limiter le risque lié à des chutes de mortier.
Du plomb, de l’antimoine et de l’arsenic à traiter
La restauration devra également prendre en compte une problématique directement héritée de l’ancienne activité industrielle.
Des pollutions au plomb, à l’antimoine et à l’arsenic sont présentes dans le bâtiment. Elles sont notamment liées aux décennies durant lesquelles la tour a servi à fabriquer des plombs de chasse.
Avant même de restaurer les éléments architecturaux, une première phase du chantier devra donc permettre de dépolluer l’ensemble de la tour.
Un échafaudage intérieur et extérieur doit ensuite être installé afin de sécuriser les interventions sur ce bâtiment particulièrement haut et étroit.
Une restauration complète organisée en plusieurs étapes
Le projet vise à préserver le maximum d’éléments historiques encore présents.
Après la dépollution et la sécurisation du site, une seconde étape doit concerner la restauration de la partie haute de la tour, avec une volonté de restituer les éléments au plus proche de leur état d’origine.
Une troisième phase portera ensuite sur le fût, les paliers, les échelles et le rez-de-chaussée.
Des équipements devront également être ajoutés pour permettre aux équipes de réaliser plus facilement les futures opérations de maintenance.
Le public pourra entrer dans la tour
La restauration ne doit pas seulement permettre de conserver le bâtiment depuis l’extérieur.
À terme, le projet prévoit également d’ouvrir le rez-de-chaussée au public. Les visiteurs pourront ainsi entrer dans la salle basse et prendre la mesure du vide intérieur de cette tour de 70 mètres.
Un parcours doit aussi permettre de mieux comprendre l’ensemble de l’ancien site industriel et l’histoire des femmes et des hommes qui y ont travaillé.
Archives, témoignages d’anciens ouvriers et outils utilisés pour fabriquer les plombs de chasse pourraient notamment participer à cette valorisation.
La tour possède en effet une histoire qui dépasse sa seule fonction industrielle. La Fondation du patrimoine rappelle notamment que des ouvriers y ont hissé des drapeaux en 1944 puis en mai 1968. Une maquette de la tour réalisée avec des fûts métalliques avait également été utilisée lors d’une mobilisation contre la fermeture de l’usine.
Le seul site retenu en Loire-Atlantique pour cette sélection
La tour de Couëron représente la Loire-Atlantique au sein des 100 projets départementaux sélectionnés pour l’édition 2026 de la Mission Patrimoine.
Dans les Pays de la Loire, quatre autres sites ont été retenus : la chapelle Saint-Joseph à Segré-en-Anjou Bleu, la Maison des Arts de Chailland, le parc du Prytanée national militaire de La Flèche et le moulin de la Plaine sur l’île de Noirmoutier.
Le montant précis de l’aide attribuée à la tour de Couëron sera connu ultérieurement.
À titre de comparaison, deux monuments de Loire-Atlantique avaient bénéficié d’importantes enveloppes lors des éditions précédentes. La piscine Alexandre-Braud de Vallons-de-l’Erdre avait reçu 340 000 euros au titre du Loto du patrimoine 2024. La collégiale Saint-Aubin de Guérande avait ensuite obtenu 280 000 euros pour l’édition 2025.
Plus de 1 000 sites aidés depuis la création du Loto du patrimoine
Créée en 2018, la Mission Patrimoine associe la Fondation du patrimoine, le ministère de la Culture et FDJ United autour de la sauvegarde de monuments menacés.
Pour cette édition 2026, près de 650 nouvelles candidatures avaient été déposées. Les projets sont sélectionnés notamment selon leur intérêt patrimonial, leur état de péril, la maturité du programme de restauration et son impact sur le territoire.
Depuis 2018, plus de 1 080 sites ont bénéficié du dispositif en France. Plus de 500 chantiers sont déjà terminés.
À Couëron, l’enjeu sera désormais de préserver l’un des derniers témoins mondiaux d’une technique industrielle aujourd’hui disparue, tout en préparant pour la première fois son ouverture au public.
Le projet complet peut être consulté sur le site de la Fondation du patrimoine.
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