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L’ONG Chemical Interests a publié une carte interactive consacrée aux achats de pesticides de synthèse en France entre 2013 et 2024. L’outil permet de visualiser les données par territoire, avec un niveau de détail allant jusqu’au code postal.
En Loire-Atlantique, sa fondatrice, Hélène Grosbois, alerte sur la situation du département. Elle estime que certains secteurs, notamment dans le Pays de Retz, concentrent des niveaux d’exposition particulièrement élevés.
La carte s’appuie sur les données publiques de la Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques. Elle vise à rendre plus lisible l’usage des produits phytosanitaires sur les territoires.
Une carte pour localiser les achats de pesticides
La plateforme de Chemical Interests permet de consulter les achats de pesticides de synthèse sur une période longue, de 2013 à 2024. Elle propose aussi une lecture par substances actives, par produits, par fabricants et par niveaux de toxicité.
Selon l’ONG, cette approche permet de sortir d’un constat général sur les pesticides. Elle donne aux habitants la possibilité d’identifier les zones concernées près de chez eux.
Hélène Grosbois explique aussi avoir retiré de son retraitement certains produits autorisés en agriculture biologique, comme le cuivre et le soufre. L’ONG justifie ce choix par une toxicité jugée non comparable à celle des pesticides de synthèse.
La carte peut être consultée sur le site officiel de l’association : Chemical Interests.
Le Pays de Retz particulièrement pointé
En Loire-Atlantique, Chemical Interests met en avant plusieurs zones sombres sur sa carte, notamment dans le Pays de Retz. Les secteurs de Machecoul, Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et Legé sont particulièrement cités.
L’ONG relie cette concentration au maraîchage intensif. Ce type de culture repose souvent sur des plantes annuelles fragiles, ce qui peut entraîner un recours important aux traitements phytosanitaires.
Selon Hélène Grosbois, les niveaux de toxicité observés autour de Machecoul atteindraient des valeurs très supérieures à la médiane nationale. Elle pointe aussi le poids des fongicides dans la toxicité totale relevée en Loire-Atlantique.
Ces données doivent toutefois être lues avec méthode. Les informations publiques de la BNV-D portent sur les ventes et les achats déclarés. Elles ne correspondent pas directement à des mesures d’épandage sur chaque parcelle.
Des données sanitaires déjà surveillées en Loire-Atlantique
La question des pesticides et de la santé est suivie depuis plusieurs années en Loire-Atlantique. Le secteur de Sainte-Pazanne a notamment fait l’objet d’investigations après le signalement de cas groupés de cancers pédiatriques.
Santé publique France rappelle qu’une première enquête avait confirmé un excès de leucémies diagnostiquées sur une période de deux ans chez des enfants de moins de 15 ans. En revanche, les investigations n’avaient pas permis d’identifier une cause commune aux cas signalés.
L’agence sanitaire indique aussi que plusieurs pistes environnementales avaient été examinées, sans conclusion définitive. Le sujet reste donc sensible pour les familles concernées et pour les habitants du territoire.
Cancers, maladie de Charcot : ce que disent les études
Hélène Grosbois affirme que plusieurs cancers associés aux pesticides apparaissent en surincidence en Loire-Atlantique. Elle s’appuie notamment sur les données disponibles du registre des cancers de Loire-Atlantique et de Vendée.
Ce registre actualise régulièrement les données d’incidence des cancers dans les deux départements. Il permet de comparer les situations locales avec les tendances observées ailleurs en France.
Au niveau scientifique, l’Inserm a publié en 2021 une expertise collective sur les effets des pesticides sur la santé. Cette synthèse souligne des présomptions fortes de lien entre l’exposition aux pesticides et plusieurs pathologies, notamment certains cancers et la maladie de Parkinson.
Santé publique France a également publié en mars 2026 des données sur les maladies du motoneurone, dont la sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot. L’agence relève des disparités territoriales, avec certaines zones de surincidence ou de surmortalité par rapport à la moyenne nationale.
Une baisse des volumes ne règle pas toute la question
Dans le Pays de Retz, les volumes achetés ont fortement diminué après l’interdiction du métham-sodium en 2018. Cette baisse peut donner l’impression d’une amélioration nette.
Pour Chemical Interests, l’analyse ne peut pas se limiter aux tonnages. L’ONG souligne que certains produits récents sont utilisés à de plus faibles doses, tout en présentant une forte efficacité biologique.
Autre point de vigilance : des achats peuvent être centralisés dans une commune sans que l’usage se fasse nécessairement au même endroit. Cette limite concerne notamment les données d’achat par code postal.
Les données publiques restent donc un outil précieux, mais elles ne remplacent pas une connaissance fine des pratiques agricoles, des lieux d’utilisation et des expositions réelles des habitants.
Un débat local sur l’agriculture et la santé environnementale
Pour Chemical Interests, la réponse passe par une sortie des pesticides de synthèse et une transformation des systèmes agricoles. L’ONG défend notamment la diversification des semences et les rotations de cultures.
Le débat dépasse toutefois la seule Loire-Atlantique. Il touche à l’agriculture, à la santé publique, à l’économie des exploitations et à la protection des riverains.
En attendant, la mise à disposition de données territorialisées permet aux citoyens, élus et associations de mieux documenter les expositions. Elle relance aussi une question centrale : comment concilier production agricole, protection de la santé et préservation de l’environnement ?
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