À Nantes, l’artiste Ronan Moinet a achevé jeudi 22 octobre 2026 à 10 h 30 une expérience hors du commun : huit jours étendu au contact direct de la terre dans la Petite-Amazonie. Pour sa performance intitulée Humus, il s’est installé dans une caisse en bois à demi enterrée, au pied d’un chêne, sans conversation ni contact humain pendant l’immersion. Une expérience qui interroge le rapport des habitants à la nature et aux sols.
Huit jours presque immobile, à la surface de la terre
Le dispositif était volontairement réduit : un couchage aménagé dans une caisse de bois, des réserves d’eau, des repas lyophilisés et le matériel nécessaire à l’autonomie quotidienne. L’artiste pouvait modifier sa position en se tournant sur le ventre ou les côtés afin de limiter l’inconfort physique, mais devait conserver son corps au contact du sol.
La performance n’était pas un événement ouvert à la visite. Elle s’est déroulée dans la Petite-Amazonie, une zone naturelle préservée de Nantes, avec la collaboration de la direction Nature et jardins de Nantes Métropole, de l’association Bruit vert et de Prodart. Les promeneurs ne doivent pas considérer cette expérience comme une invitation à pénétrer dans des zones protégées.
168 heures enregistrées pour raconter une autre perception du vivant
Un microphone et une caméra ont enregistré 168 heures de sons et d’images. Ronan Moinet a également tenu un carnet de bord. Ces traces documentent les changements de luminosité, les températures, l’activité des animaux et les sensations provoquées par un séjour prolongé à ras du sol.
Au terme de l’expérience, l’artiste a évoqué les oiseaux entendus sous un autre angle, le passage d’un écureuil, les feuilles qui tombent, mais aussi les moustiques, les fourmis, les cloportes et le froid. Les contraintes physiques faisaient partie du projet, sans en être sa finalité : il s’agissait de modifier le point de vue habituel de l’être humain sur son environnement.
Pourquoi choisir les sols plutôt que les arbres ?
Ingénieur agronome de formation et actif dans le duo artistique Labotanique, Ronan Moinet travaille depuis plusieurs années sur la rencontre entre art, expérience sensible et monde végétal. En 2022, lors d’une autre performance, il avait déjà passé sept jours à environ vingt-cinq mètres de hauteur, dans un chêne du parc du Grand-Blottereau.
Avec Humus, la démarche s’inverse : au lieu d’observer le monde depuis la canopée, l’artiste se rapproche de la surface terrestre. Les sols urbains sont souvent perçus comme de simples supports de déplacement ou de construction. Ils jouent pourtant un rôle important dans la biodiversité, l’infiltration de l’eau et les équilibres écologiques. La performance propose d’y réfléchir par l’expérience plutôt que par un exposé scientifique.
Une exposition annoncée en 2027 à Nantes
La caisse de bois, dont le contenu en terre gardera la marque du corps, doit être présentée lors d’une exposition prévue à Nantes en 2027. Aucun lieu ni calendrier précis n’ont encore été communiqués. Le carnet de bord servira aussi de matière à un spectacle annoncé sous le titre Sol en scène.
Cette suite donnera au public l’occasion de découvrir l’expérience autrement, sans avoir assisté à la performance elle-même. L’artiste a indiqué qu’il lui faudrait encore plusieurs semaines pour tirer toutes les conclusions de ces huit jours.
La Ville et Nantes Métropole ont publié un récit de la sortie de l’artiste et de son expérience. Pour situer ce travail dans la réflexion locale sur le vivant, on peut retrouver les éléments de cette démarche sur le site de Nantes Métropole.
Photo d’archive du marécage de la Petite-Amazonie à Nantes, lieu de la performance : Cliché / Wikimedia Commons. Cette photographie ne représente pas la performance d’octobre 2026.
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