Trente mille quatre cents salariés, 670 établissements et 2,8 milliards d’euros de richesse dégagée : le complexe industrialo-portuaire de Nantes Saint-Nazaire reste un moteur majeur de l’économie régionale. Une nouvelle étude de l’Insee, présentée le 13 octobre 2026 avec Nantes Saint-Nazaire Port, mesure le poids de cet ensemble industriel à partir des données de 2024. Ses résultats dépassent largement les seuls métiers exercés sur les quais.
Le complexe rassemble aussi la construction navale, l’aéronautique, la logistique, la métallurgie et des services spécialisés. Il s’étend de l’agglomération nantaise à l’estuaire de la Loire. Pourquoi autant d’emplois sont-ils associés au port ? Quelles communes en dépendent le plus ? Et que change cette nouvelle photographie économique pour la Loire-Atlantique ?
30 400 salariés : ce que mesure réellement l’étude
Le terme de « complexe industrialo-portuaire », souvent abrégé en CIP, désigne un périmètre économique plus vaste que l’établissement public chargé de gérer le port. Il comprend les acteurs du transport maritime, de la manutention et des services portuaires. Il englobe également des établissements industriels et des services liés à la présence des installations de l’estuaire.
Il ne faut donc pas confondre les 30 400 emplois du complexe avec les seuls effectifs de Nantes Saint-Nazaire Port. L’étude compte des salariés travaillant au sein de différentes entreprises, dont certaines relèvent de filières industrielles internationales.
Le périmètre étudié couvre 670 établissements répartis dans 56 communes. Ce maillage permet de comprendre pourquoi les retombées économiques de l’activité portuaire ne se limitent pas aux terminaux de Saint-Nazaire ou de Montoir-de-Bretagne. Des sites situés à Bouguenais, Nantes et ailleurs dans le département participent au même ensemble.
La publication utilise les données de 2024 : elle décrit donc la situation mesurée cette année-là, même si ses résultats ont été rendus publics en octobre 2026. Cette précision évite de présenter les chiffres comme un comptage effectué aujourd’hui.
Une activité qui représente 5 % des emplois salariés en Loire-Atlantique
L’Insee évalue le poids du complexe à 5 % de l’emploi salarié de Loire-Atlantique et à environ 2 % de celui des Pays de la Loire. L’impact apparaît également dans la richesse dégagée, estimée à 2,8 milliards d’euros, soit 3,4 % de la richesse produite dans la région.
Il s’agit d’un indicateur économique, pas du chiffre d’affaires cumulé des entreprises ni du budget du port. La « richesse dégagée » correspond à une estimation de la valeur ajoutée attribuable aux établissements. Elle sert notamment à comparer le poids des activités entre territoires.
Dans la zone d’emploi de Saint-Nazaire, le complexe représente environ 18 % de l’emploi salarié et 31 % de la richesse dégagée. Dans la zone d’emploi de Nantes, les proportions sont plus modestes : 3 % de l’emploi et 4 % de la richesse. Ces écarts montrent que le rôle du complexe change fortement d’un bassin à l’autre.
Pour les collectivités, cette concentration constitue à la fois une force et un enjeu. Les décisions de grands donneurs d’ordre peuvent influencer des fournisseurs, les recrutements, les formations et les besoins de déplacement. Mais l’étude ne permet pas de prévoir, à elle seule, les embauches ou suppressions de postes à venir.
Saint-Nazaire, Montoir, Bouguenais et Nantes : quatre pôles essentiels
Les établissements sont présents sur un vaste territoire, mais l’emploi demeure très concentré. Quatre communes regroupent près des trois quarts des salariés du complexe :
- Saint-Nazaire, avec environ 30 % des effectifs, accueille de grandes activités maritimes et industrielles.
- Montoir-de-Bretagne, avec 24 %, combine terminaux, logistique et industrie.
- Bouguenais, avec 12 %, joue un rôle majeur dans l’aéronautique.
- Nantes, avec 8 %, constitue un autre pôle du réseau d’établissements.
Les entreprises des quatre communes représentent aussi une grande part des établissements du périmètre. Toutefois, la concentration des emplois ne doit pas masquer les autres sites industriels de l’estuaire.
À Montoir-de-Bretagne, le complexe représente environ 64 % des emplois salariés de la commune. La part atteint 46 % à La Montagne, 38 % à Donges et 33 % à Cordemais. À Saint-Nazaire, elle est de 21 %. À l’inverse, elle n’est que d’environ 1 % à Nantes, où l’activité économique est beaucoup plus diversifiée.
Il faut lire correctement ces pourcentages : ils comparent les emplois relevant du complexe à l’ensemble des emplois situés dans chaque commune. Ils ne mesurent pas la proportion d’habitants qui travaillent au port.
Construction et réparation navales : 6 840 salariés
Le premier grand ensemble du complexe regroupe les activités maritimes. L’étude y dénombre environ 12 680 salariés, soit 42 % de l’ensemble. Les métiers concernés vont des opérations portuaires aux activités de construction et de réparation de navires.
Le secteur naval représente à lui seul près de 6 840 emplois. Les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group occupent une place structurante dans cette filière, entourés de nombreuses compétences spécialisées.
La construction d’un navire mobilise des métiers variés : chaudronnerie, mécanique, réseaux électriques, tuyauterie, fabrication, assemblage ou intégration d’équipements. Les contraintes de sécurité, de qualité et de délais expliquent l’importance de ces savoir-faire.
Le maritime comprend aussi l’organisation du transport, les opérations de chargement et de déchargement, ainsi que la gestion des infrastructures. Les ports ont besoin de pilotes, de remorqueurs, d’équipes de manutention et de fonctions administratives pour faire circuler les navires et les marchandises.
Cette diversité permet de comprendre pourquoi un port représente davantage qu’une succession d’escales : il concentre des services permanents et des métiers exercés à terre, parfois loin des navires.
Airbus et l’aéronautique, un autre pilier de l’estuaire
La majorité des salariés recensés n’exercent pas un métier maritime au sens strict. Les activités non maritimes totalisent environ 17 720 emplois, soit 58 % des effectifs du complexe.
Parmi elles, la construction aéronautique occupe une place particulièrement importante avec près de 8 140 salariés. Les implantations d’Airbus à Bouguenais et à Montoir-de-Bretagne, ainsi que les entreprises qui interviennent autour de ces sites, contribuent à cette concentration.
Selon l’étude, l’aéronautique représente environ un tiers de la richesse dégagée par le complexe. Cela illustre la particularité de l’estuaire : son tissu industriel bénéficie de grands métiers portuaires, mais également de productions aéronautiques à forte valeur ajoutée.
La mécanique, la métallurgie, l’énergie, le raffinage et les prestations aux entreprises complètent le paysage. Cette combinaison explique une partie du poids de l’industrie dans l’économie de Loire-Atlantique.
Elle soulève toutefois des questions concrètes. Les entreprises doivent trouver des compétences techniques, adapter leurs outils et composer avec les évolutions des marchés internationaux. La formation initiale et continue est donc un enjeu essentiel pour les années à venir.
Ouvriers qualifiés et ingénieurs : quels métiers dominent ?
Les emplois industriels se distinguent par leur structure. L’Insee relève que les ouvriers représentent 42 % des salariés du complexe, contre 29 % à l’échelle régionale. Les métiers de production y occupent donc une place nettement supérieure à la moyenne des Pays de la Loire.
De nombreux postes correspondent à des qualifications techniques, acquises en formation, en apprentissage ou au fil de l’expérience professionnelle. Les activités de montage, d’usinage, de soudure ou de maintenance nécessitent des compétences spécialisées.
Dans le même temps, les cadres représentent 25 % des effectifs, contre 17 % dans l’ensemble régional. Une grande partie d’entre eux exerce des fonctions d’ingénierie et d’encadrement technique. L’industrie locale repose ainsi sur des profils complémentaires, du travail en atelier jusqu’à la conception et à la gestion de projets.
Pour les jeunes, les salariés en reconversion et les demandeurs d’emploi, ces résultats montrent l’étendue des métiers concernés. Ils ne signifient toutefois pas que tous ces secteurs recrutent immédiatement : les offres disponibles dépendent des entreprises et de leurs calendriers.
Où habitent les personnes qui travaillent dans le complexe ?
Les salariés ne résident pas nécessairement dans la commune où se trouve leur établissement. L’étude indique que plus de neuf sur dix vivent en Loire-Atlantique. Un tiers habite dans l’unité urbaine de Saint-Nazaire, tandis qu’environ un quart réside dans celle de Nantes.
Cette géographie relie l’industrie aux problématiques quotidiennes du territoire. L’accès aux emplois dépend des réseaux routiers, des transports collectifs, des possibilités de covoiturage et parfois des horaires décalés.
Le logement constitue aussi un sujet important. Les changements de poste, les missions temporaires ou les besoins de recrutement peuvent entraîner des déplacements et des installations dans d’autres communes du bassin.
Les commerces et services locaux peuvent, eux aussi, bénéficier des revenus dépensés par les salariés près de leur domicile. Il faut néanmoins distinguer ces retombées générales des 30 400 emplois directement comptés dans le périmètre de l’étude.
De 28 700 à 30 400 salariés : quelle évolution depuis 2021 ?
La précédente publication de l’Insee, diffusée en septembre 2024, reposait sur les données de 2021. Elle recensait alors 28 700 salariés dans 613 établissements. La nouvelle étude, basée sur 2024, porte ces totaux à 30 400 salariés et 670 établissements.
On observe ainsi 1 700 salariés et 57 établissements supplémentaires dans les périmètres recensés. Cette comparaison donne un ordre de grandeur de l’évolution, mais elle doit rester prudente.
En effet, l’entrée ou la sortie d’établissements du périmètre statistique peut contribuer à faire varier les résultats. Il serait donc excessif d’affirmer que l’écart correspond exactement à 1 700 créations nettes d’emplois dues au port.
Le constat est néanmoins utile : malgré les transformations industrielles et énergétiques, le complexe étudié conserve un poids majeur dans l’économie du département. Les prochaines publications permettront d’en suivre l’évolution sur la durée.
Trafic maritime, ferroviaire et décarbonation : les défis des prochaines années
Le rôle du complexe doit aussi se lire à travers les marchandises qui transitent par les terminaux. En 2025, le port de Nantes Saint-Nazaire a enregistré 26,4 millions de tonnes de trafic maritime, selon son bilan annuel. Les flux énergétiques occupent encore une place importante.
L’évolution de ces trafics représente un défi pour les infrastructures. Le port cherche notamment à diversifier son activité et à adapter ses installations aux besoins industriels de demain. Les projets liés à la transition énergétique et aux énergies marines renouvelables s’inscrivent dans cette stratégie.
Le transport ferroviaire constitue un autre levier. À partir de la mi-octobre 2026, une liaison renforcée doit porter à dix trains de fret par semaine les échanges entre Montoir-de-Bretagne et Le Havre. Notre article consacré à cette desserte explique les changements annoncés.
Un transport de marchandises davantage organisé autour du rail peut contribuer à réduire certains trajets routiers. Cela dépend cependant des marchandises concernées, des liaisons disponibles et de la capacité des infrastructures.
Le prochain projet stratégique du Grand Port doit aussi définir ses orientations. Le CESER des Pays de la Loire a consacré des travaux à son avenir pour 2027-2032. Ces réflexions ne constituent pas, à elles seules, des décisions définitives de financement ou d’investissement.
Ce que les chiffres changent pour comprendre l’économie locale
Avec ses activités maritimes, aéronautiques et industrielles, l’estuaire de la Loire fonctionne comme un écosystème économique interconnecté. Les salariés et les entreprises participent à une chaîne d’activités qui dépasse largement les limites administratives du port.
L’étude d’octobre 2026 donne donc plusieurs repères utiles aux habitants : le nombre d’emplois concernés, la localisation des principaux pôles, la place des métiers qualifiés et l’importance de la richesse produite.
Elle montre aussi pourquoi les sujets de formation, de logement, de mobilité et de transition énergétique restent liés au devenir du tissu industriel de Loire-Atlantique.
Pour approfondir les données, le public peut consulter l’annonce officielle du 13 octobre 2026 et l’étude Insee depuis l’espace presse de Nantes Saint-Nazaire Port. L’étude Insee précédente, publiée en 2024 sur les données de 2021, permet de retrouver les chiffres de référence.
Photo d’illustration : terminal à conteneurs de Montoir-de-Bretagne, vu depuis Saint-Brevin-les-Pins, photographié en 2017. © Jibi44 / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0, photographie recadrée. Voir l’original.
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