Peut-on réduire certains médicaments contre l’acidité gastrique sans provoquer le retour des symptômes ? Une recherche conduite par le CHU de Nantes et Nantes Université apporte une réponse encourageante. L’étude DeprescrIPP, publiée dans la revue scientifique JAMA Internal Medicine, a suivi plus de 34 000 patients auprès de 1 500 médecins généralistes. Une information donnée à la fois aux patients et aux soignants a permis de multiplier par deux la proportion de personnes réduisant fortement un traitement devenu inutile.
Le résultat ne signifie pas qu’il faudrait arrêter systématiquement les médicaments contre les brûlures d’estomac. Il met surtout en avant une méthode simple : prendre le temps de réévaluer régulièrement leur nécessité avec son médecin.
Que sont les « protecteurs gastriques » et à quoi servent-ils ?
Les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP, diminuent la production d’acide dans l’estomac. Ils sont notamment utilisés pour les reflux gastro-œsophagiens, certaines lésions digestives et la protection de l’estomac dans des situations médicales particulières. Le terme « protecteur gastrique » est courant, mais il ne décrit pas toutes les indications de cette famille de médicaments.
Ces traitements peuvent être très utiles, parfois indispensables. Le problème étudié à Nantes concerne leur poursuite prolongée lorsqu’une indication ne le justifie plus. Les besoins d’un patient peuvent changer entre le début de l’ordonnance et plusieurs années de traitement.
34 000 patients et deux informations complémentaires
Les chercheurs ont évalué un dispositif associant les deux acteurs de la prescription. Les patients ont reçu une brochure pédagogique expliquant l’usage des IPP et les questions à aborder en consultation. De leur côté, les médecins généralistes disposaient d’un outil d’aide à la décision précisant dans quelles situations une baisse progressive des doses pouvait être envisagée.
Cette approche s’appelle la déprescription : elle consiste à réduire ou interrompre un médicament lorsqu’il n’apporte plus de bénéfice suffisant au regard de ses contraintes ou de ses risques. Elle suppose une décision médicale individualisée, et non un arrêt décidé à partir d’une information générale.
Le nombre de patients réduisant fortement leur dose a doublé
Dans le groupe bénéficiant de cette information croisée, la proportion de patients ayant réussi à diminuer leur consommation d’IPP d’au moins 50 % a été multipliée par deux par rapport aux pratiques habituelles. Le suivi à un an n’a pas montré de réapparition majeure des brûlures ou reflux liée à cette stratégie.
Attention à l’interprétation : cela ne veut pas dire que la moitié des patients ont arrêté leur médicament, ni que tous les utilisateurs d’IPP peuvent réduire leur dose. Le résultat porte sur une proportion comparée entre groupes, dans les conditions précises de l’étude.
Pourquoi revoir régulièrement ses ordonnances ?
Un traitement injustifié peut entraîner des dépenses évitables et exposer à des effets indésirables sans avantage médical. En revanche, interrompre brutalement un IPP peut provoquer une recrudescence transitoire des symptômes ou être dangereux lorsque la prescription répond à une indication durable. C’est pourquoi la décision dépend du dossier médical de chacun.
Un rendez-vous de réévaluation peut être utile lorsque l’ordonnance n’a pas été discutée depuis longtemps, lorsque les symptômes ont changé ou lorsqu’un traitement prescrit ponctuellement s’est prolongé. Le patient peut demander : pourquoi ce médicament m’a-t-il été prescrit ? Dois-je le prendre longtemps ? Une diminution progressive est-elle envisageable ? Quels signes doivent conduire à reconsulter ?
Une étude nantaise aux retombées nationales
Ce travail associe les chercheurs du CHU de Nantes et du Département de médecine générale de Nantes Université, avec une contribution de l’Assurance maladie de Loire-Atlantique. Il met en évidence l’importance de la communication en soins primaires : fournir les bonnes informations au bon moment peut améliorer la pertinence des prescriptions.
Les résultats ont été rendus publics le 7 octobre 2026. Ils illustrent une tendance plus large en médecine : rechercher le traitement juste plutôt que de conserver une ordonnance par habitude. Ils ne remplacent toutefois ni un diagnostic ni un conseil individualisé.
Pour les méthodes et résultats présentés par l’équipe, consulter le communiqué officiel du CHU de Nantes.
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