Dans les salles fermées du Muséum de Nantes, une opération inhabituelle se poursuit : préparer au déménagement des squelettes parfois impressionnants, tout en protégeant leurs ossements. Renne, rhinocéros noir, cheval, dromadaire, thon et otarie nécessitent un traitement minutieux avant leur transfert vers les réserves. Cette étape précède le chantier de rénovation du musée, dont la réouverture est annoncée pour 2029.
Des squelettes beaucoup plus fragiles qu’ils n’y paraissent
Un squelette monté dans un musée, appelé spécimen ostéologique, n’est pas un assemblage d’os facile à déplacer. Des armatures, fils métalliques, tiges et supports maintiennent chaque pièce dans sa posture. Avec les années, ces fixations vieillissent. Les os eux-mêmes peuvent devenir sensibles aux chocs et aux vibrations.
Les équipes du Muséum distinguent ces squelettes des animaux naturalisés. Ces derniers conservent une peau, un pelage ou des plumes nécessitant d’autres précautions. Pour l’ostéologie, la priorité concerne les surfaces osseuses, les points d’assemblage et la stabilité globale de l’ensemble.
Le déménagement est donc préparé comme une succession d’interventions de conservation, et non comme un simple transport de meubles. Chaque pièce doit être examinée avant qu’une équipe puisse la déplacer sans risque excessif.
Un dépoussiérage réalisé os par os
Le renne, le rhinocéros noir, le cheval domestique et le dromadaire ont passé de longues années dans les galeries nantaises. Au fil du temps, la poussière s’est infiltrée entre les vertèbres, dans les cavités crâniennes et le long des côtes.
Ce dépôt n’a rien d’anodin : il peut retenir l’humidité et favoriser des altérations, notamment liées aux moisissures. Les agents utilisent donc des aspirateurs adaptés et des pinceaux fins. Ils évitent les méthodes trop brutales, qui pourraient fragiliser les os ou desserrer les montages.
Le dépoussiérage des quatre grands spécimens a mobilisé les équipes pendant plusieurs jours. Le thon et l’otarie, conservés hors des salles autrefois accessibles aux visiteurs, ont bénéficié du même soin. Le travail se fait sur des pièces dont la taille, la forme et les fixations diffèrent considérablement.
Le « soclage », étape indispensable avant le transport
Une fois les squelettes nettoyés, les spécialistes contrôlent les socles, les structures de maintien et les assemblages. Cette opération, appelée soclage, sert à stabiliser le spécimen et à préparer son déplacement.
Pour un grand animal, il faut anticiper les mouvements susceptibles de se produire pendant la manutention. Un os mal maintenu peut subir une contrainte même lorsque le squelette paraît immobile. Les équipes vérifient donc chaque fixation et renforcent les points jugés sensibles.
Le renne a été le premier des quatre grands squelettes à quitter son espace d’exposition. Avant le transfert définitif vers les réserves, plusieurs spécimens ont été regroupés dans la salle Cuvier. Celle-ci a servi de refuge temporaire aux collections, dans un musée désormais fermé aux visites.
Une baleine de 18 mètres et un éléphant : deux défis hors normes
D’autres pièces posent des problèmes logistiques encore plus importants. Le Muséum conserve notamment un rorqual commun de 18 mètres, retrouvé à Donges en 1991. Le squelette, installé à Nantes dans les années 1990, doit faire l’objet d’un démontage spécialisé avant sa sortie du bâtiment.
Un grutage par une grande ouverture du musée fait partie des opérations étudiées. L’éléphant d’Asie acquis en 1934 impose lui aussi des procédures de manutention adaptées à son volume et à sa fragilité. Ces transferts exigent un savoir-faire qui dépasse les opérations ordinaires de manutention.
Le public ne peut pas assister aux déplacements dans les galeries fermées, mais les équipes partagent progressivement des informations sur la transformation du musée et le traitement de ses collections.
Que va devenir le Muséum de Nantes ?
Le chantier architectural est annoncé à partir de l’automne 2026, une fois le bâtiment libéré. Son enveloppe votée atteint 46 millions d’euros. Le projet de restructuration, confié à l’agence Moatti & Rivière, doit permettre de transformer le parcours de visite, l’accueil du public et la présentation des collections.
La fermeture du musée n’a donc pas mis à l’arrêt son activité scientifique. Les équipes poursuivent la conservation des spécimens, les recherches et la préparation des futures salles. La réouverture est prévue en 2029, à l’issue d’environ trois années de travaux.
En attendant, le Muséum participe à des événements et prête certaines de ses collections à d’autres structures. Les Nantais peuvent ainsi continuer à découvrir une partie de son patrimoine scientifique hors de ses galeries historiques.
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