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Adapter les horaires, reporter les tâches les plus exposées et interrompre le travail lorsque la chaleur devient dangereuse. Réunis à Nantes mercredi 15 juillet, plusieurs représentants de la CGT ont demandé une nouvelle organisation du travail face à la multiplication des canicules.
Des délégués issus de Nantes Métropole, d’Airbus Atlantic, de Naval Group, de Vinci et du secteur de la construction ont partagé leurs constats dans les locaux de l’Union départementale CGT de Loire-Atlantique.
Le syndicat réclame notamment la création de congés climatiques. Ce dispositif permettrait aux salariés exposés de cesser temporairement leur activité sans perdre l’essentiel de leur rémunération.
Des températures extrêmes dans les ateliers
Les témoignages recueillis concernent des environnements très différents. Pourtant, les représentants syndicaux décrivent les mêmes difficultés : chaleur persistante, fatigue accrue, malaises et mesures mises en œuvre trop tardivement.
À Airbus Atlantic Nantes, certains horaires ont été déplacés pendant la nuit. Cependant, les machines et les presses continuent de dégager de la chaleur. Les températures restent donc élevées dans les ateliers, même après le coucher du soleil.
Un délégué syndical alerte également sur l’utilisation de ventilateurs dans des zones où des poussières de chrome VI peuvent être présentes. D’après son témoignage, le brassage de l’air risque de remettre ces particules en suspension.
Des vestes rafraîchissantes ont par ailleurs été distribuées à certains salariés. Une fois humidifiées, elles contribuent à réduire la température corporelle. Toutefois, le dispositif n’aurait pas été déployé sur l’ensemble du site.
Jusqu’à 45 °C dans certaines zones de production
À Naval Group, les représentants de la CGT reconnaissent que des mesures ont été prises. Ils regrettent néanmoins un manque d’anticipation avant les épisodes de chaleur.
Dans certaines nefs industrielles, les températures auraient atteint 45 °C. Elles peuvent être encore plus élevées à proximité immédiate des opérations de soudage.
Habituellement, les salariés peuvent s’éloigner des zones chaudes afin de faire redescendre leur température corporelle. Pendant une canicule, cette récupération devient plus difficile lorsque l’ensemble du bâtiment dépasse durablement les 40 °C.
La CGT demande donc que les interventions produisant beaucoup de chaleur soient, autant que possible, programmées en dehors de l’été. Elle souhaite également que les procédures de sécurité et les équipements obligatoires soient réévalués en fonction des températures.
Les ouvriers du bâtiment particulièrement exposés
Sur les chantiers, les salariés cumulent la chaleur du soleil, l’effort physique et celle des matériaux utilisés. La pose d’enrobé routier constitue l’un des exemples avancés par les représentants de la construction.
Le matériau quitte l’usine à une température très élevée et reste brûlant lors de son application. Les ouvriers travaillent alors à proximité d’un revêtement chaud, parfois sans ombre et avec des équipements de protection difficiles à supporter.
Depuis 2024, la canicule peut ouvrir droit au régime d’indemnisation des arrêts pour intempéries dans le bâtiment et les travaux publics. Ce mécanisme demeure toutefois limité au secteur du BTP et dépend de conditions précises.
La CGT souhaite élargir cette logique à l’ensemble des professions exposées. Elle demande aussi que l’arrêt de l’activité ne repose pas uniquement sur la décision d’un responsable de chantier.
Les services publics également concernés
Les difficultés ne se limitent pas à l’industrie et aux travaux extérieurs. La CGT Nantes Métropole évoque également les écoles, les établissements pour personnes âgées, les hôpitaux et différents services publics.
Dans ces bâtiments, les agents doivent parfois poursuivre leur activité dans des locaux peu adaptés aux fortes températures. Ils accompagnent en parallèle des personnes fragiles, elles-mêmes particulièrement sensibles aux effets de la chaleur.
Pour Virginie Chabourine, secrétaire générale de la CGT Nantes Métropole, les vagues de chaleur imposent désormais une réponse structurelle. « Il va falloir que les politiques publiques réorganisent le temps de travail », estime-t-elle.
Des règles renforcées depuis juillet 2025
Un décret publié le 27 mai 2025 a renforcé les obligations des employeurs. Ces dispositions s’appliquent depuis le 1er juillet 2025 et concernent les épisodes de chaleur intense signalés par la vigilance canicule de Météo-France.
L’employeur doit évaluer les risques liés à la chaleur, aussi bien en intérieur qu’en extérieur. Il doit ensuite mettre en place des mesures adaptées à l’activité et aux conditions rencontrées.
Plusieurs solutions sont prévues :
- modifier les horaires pour limiter le travail pendant les heures les plus chaudes ;
- augmenter les temps de pause ;
- réduire ou reporter les tâches physiques les plus difficiles ;
- fournir de l’eau potable fraîche en quantité suffisante ;
- adapter les postes, les locaux et les équipements de protection ;
- prévoir une procédure de secours en cas de malaise.
Les locaux fermés doivent également être maintenus à une température adaptée à l’activité des salariés et à leur environnement de travail.
La CGT juge le cadre encore insuffisant
Pour Ronan Lherbier, secrétaire général de l’Union départementale CGT de Loire-Atlantique, ces règles ne garantissent pas une protection identique dans toutes les entreprises.
Le syndicat regrette notamment l’absence d’un seuil national de température entraînant automatiquement l’arrêt du travail. Les mesures restent donc définies en fonction de l’évaluation menée par chaque employeur.
La CGT réclame une prise en charge collective du risque climatique. Elle propose des protocoles négociés avec les représentants du personnel, un contrôle renforcé de leur application et une meilleure anticipation des périodes de chaleur.
Quel fonctionnement pour les congés climatiques ?
Le dispositif proposé reprendrait le principe du chômage pour intempéries utilisé dans le BTP. Lorsque les conditions rendent le travail dangereux, l’activité pourrait être interrompue et les salariés recevraient une indemnisation.
Les représentants syndicaux évoquent une rémunération correspondant à environ 70 % du salaire pendant l’arrêt. Les modalités exactes, le financement et les critères de déclenchement restent toutefois à définir.
La CGT souhaite également développer le télétravail lorsqu’il est possible, avancer les prises de poste et reporter les opérations non urgentes. Les mesures devraient être préparées avant chaque été plutôt que décidées au moment de la canicule.
Le droit de retrait possible en cas de danger grave
Un salarié peut exercer son droit de retrait lorsqu’il a un motif raisonnable de penser que sa situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé.
La chaleur ne déclenche cependant pas automatiquement ce droit. La situation doit être appréciée selon les conditions réelles : température, effort demandé, équipements portés, durée d’exposition, ventilation et état de santé du travailleur.
Le salarié doit alerter immédiatement son employeur. Ce dernier ne peut pas lui demander de reprendre son activité tant que le danger persiste.
Les règles officielles concernant la prévention sont détaillées sur le site du ministère du Travail.
Des épisodes de chaleur de plus en plus précoces
La mobilisation intervient après un mois de juin 2026 marqué par une canicule particulièrement précoce et intense. Météo-France indique que 72 départements ont été placés en vigilance rouge au cours de cet épisode.
Pour les syndicats, cette succession de vagues de chaleur confirme la nécessité de transformer durablement l’organisation du travail. Leur demande dépasse donc les réponses ponctuelles apportées pendant les jours les plus chauds.
La CGT veut désormais ouvrir des négociations avec les employeurs et les pouvoirs publics. Elle défend un cadre commun capable de protéger les salariés sans leur faire supporter la perte de revenus liée à l’arrêt de leur activité.
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