À Saint-Nazaire, les Chantiers de l’Atlantique sous pression face aux pollutions industrielles

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Une enquête menée par Médiacités, en partenariat avec Splann !, met en lumière les impacts environnementaux persistants des Chantiers de l’Atlantique. Rejets dans l’air, le sol et les eaux souterraines, émissions diffuses massives et opacité sur certaines activités de soudure et de peinture soulèvent de fortes inquiétudes parmi les riverains nazairiens.

Symbole de la réussite industrielle française, les Chantiers s’apprêtent à livrer fin mars l’Orient Express Corinthian, présenté comme le plus grand yacht à voiles du monde. Avec ses 220 mètres de long et ses 54 suites de luxe, le navire est promu comme un modèle de réduction des émissions de CO₂. Pourtant, cette vitrine technologique contraste avec une réalité plus préoccupante sur le site de production.

Le carnet de commandes ne cesse de se remplir. En 2025, cinq navires ont été achetés pour un total de 7 milliards d’euros, suivis fin janvier par six nouvelles commandes. Parallèlement, l’entreprise accumule des contrats de sous-stations électriques pour l’éolien en mer et de navires militaires, dont le futur successeur du porte-avion Charles de Gaulle attendu pour 2038. Cette activité soutenue implique davantage de découpe de métal, de soudage et de peinture, autant de procédés générant des fumées potentiellement dangereuses contenant des particules métalliques et des composés organiques volatils.

Des émissions diffuses largement majoritaires

Selon la préfecture, plus de 90 % des émissions totales du site en 2024 étaient des émissions diffuses, principalement à bord des navires en fin de construction. Cette situation est d’autant plus sensible que le site jouxte le quartier de Méan-Penhoët, où les habitants vivent à proximité immédiate des installations.

Christian Quélard, président de l’association Vivre à Méan-Penhoët, rappelle qu’une digue anti-bruit avait été érigée pour limiter les nuisances. Elle n’a toutefois jamais empêché les retombées de fumées de soudage, visibles parfois sous forme de traces de peinture sur les véhicules. Entre 2021 et aujourd’hui, les rejets de COV sont passés de 170 tonnes à une projection de 600 tonnes annuelles.

Face à ces constats, l’État a exigé la mise en place d’un programme de surveillance environnementale renforcé. Les Chantiers doivent désormais mesurer autour du site les concentrations de quatre COV et de trois métaux, dont le chrome VI, classé cancérogène. Des contrôles des eaux souterraines sont également imposés pour détecter hydrocarbures, BTEX et autres polluants.

Un suivi environnemental jugé insuffisant

Si la préfecture se félicite d’un élargissement des polluants surveillés, plusieurs acteurs contestent la pertinence du dispositif. La CGT dénonce des ateliers de sous-traitants où les fumées ne seraient pas aspirées correctement, tandis que la CFDT regrette d’avoir été écartée du programme de suivi.

Ce programme repose sur un rapport du cabinet Dekra, dont la méthodologie est critiquée par Air Pays de la Loire. Le document omet notamment des données essentielles sur les installations de combustion, excluant de facto plusieurs polluants majeurs du périmètre de surveillance. Pour les syndicats, cette lacune est préoccupante, car les navires fonctionnent au fioul lorsqu’ils sont à quai.

Didier Ott, spécialiste des pollutions industrielles, estime que l’étude sous-estime gravement les risques sanitaires, en minimisant les émissions de COV et de substances cancérogènes. Interrogés, les Chantiers n’ont pas souhaité commenter ces critiques, tandis que Dekra juge les risques acceptables selon ses modèles.

Une gestion contestée des déchets dangereux

Des diagnostics de 2020 et 2022 ont révélé près de 5 990 mètres cubes de terres polluées par des hydrocarbures, BTEX, PCB et métaux. Leur évacuation en décembre 2024 sans information préalable des autorités constitue une infraction au code de l’environnement, selon la Dreal.

Enfin, les Chantiers ont cessé en 2023 de verser la taxe générale sur les activités polluantes à Air Pays de la Loire, contrairement à la majorité des industriels locaux. Ce choix, jamais justifié publiquement, prive l’organisme de moyens supplémentaires pour renforcer la surveillance de la qualité de l’air.

Mini-jeu IMN : retrouve les mots cachés des Chantiers

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