Ynsect : comment une licorne française de l’agritech a fini en liquidation judiciaire

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Longtemps présentée comme l’une des promesses majeures de l’agritech française, Ynsect est passée en quelques années du statut de licorne à celui d’entreprise en liquidation judiciaire. Fondée en 2011, la startup ambitionnait de transformer l’alimentation animale en produisant des protéines d’insectes destinées à remplacer la farine de poisson. Ce pari technologique et industriel, soutenu massivement par des investisseurs privés et par l’État, s’est finalement heurté à une réalité économique et industrielle beaucoup plus difficile que prévu.

Une ascension fulgurante vers le statut de licorne

Créée par Antoine Hubert et quatre cofondateurs, Ynsect s’est positionnée dès ses débuts sur la production de protéines issues de scarabées Molitor, destinées à l’alimentation animale et aux engrais. L’entreprise portait une vision ambitieuse : proposer une alternative plus durable à la farine de poisson, en phase avec les enjeux environnementaux et la recherche de nouvelles sources de protéines.

Cette promesse a séduit un large écosystème d’investisseurs. Entre 2011 et 2019, la société a levé 125 millions d’euros lors de ses séries A, B et C. En octobre 2020, une levée de fonds de 190 millions d’euros, record français dans l’agritech, lui a permis d’atteindre une valorisation de 1,4 milliard d’euros et d’obtenir le statut de licorne. Au total, Ynsect aura levé environ 650 millions d’euros, dont 170 millions issus de financements publics via Bpifrance et le plan France 2030, complétés par des aides de la Région Hauts-de-France et des dispositifs fiscaux.

Une usine géante qui n’a jamais tourné à plein régime

Au cœur de la stratégie industrielle d’Ynsect se trouvait la construction d’une immense ferme verticale d’insectes à Poulainville, près d’Amiens, dans la Somme. Ce site, inauguré en 2022, a représenté un investissement d’environ 600 millions d’euros. Avec ses 35 mètres de hauteur et ses 40 000 m², il devait devenir la plus grande installation de ce type au monde, capable de produire jusqu’à 200 000 tonnes de protéines par an.

Dans les faits, l’usine n’a jamais réellement atteint sa capacité nominale. Des problèmes techniques, un processus industriel non maîtrisé et des débouchés commerciaux insuffisants ont freiné la montée en puissance de la production. L’écart entre la vision initiale et la réalité opérationnelle s’est creusé au fil des années.

Des revenus en chute libre et une issue brutale

Sur le plan financier, l’évolution des revenus illustre cet échec industriel. En 2021, Ynsect avait enregistré un pic de 17,8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais dès 2022 et 2023, les revenus ont chuté. En 2024, ils ne s’élevaient plus qu’à 3 millions d’euros, très loin des 300 millions initialement anticipés par certains acteurs du dossier.

Le 1er décembre 2025, le tribunal de commerce d’Évry a prononcé la liquidation judiciaire de l’entreprise. Cette décision a entraîné le licenciement de 200 salariés. Parmi les raisons avancées figurent l’absence de viabilité industrielle de l’usine, un marché européen des protéines d’insectes plus lent à décoller que prévu, et la concurrence de startups comme InnovaFeed, qui a levé 450 millions d’euros depuis 2016 et semble mieux positionnée.

Ce que révèle cet échec pour l’écosystème français

Au-delà du cas Ynsect, cette faillite soulève des questions plus larges sur la manière dont la France finance et accompagne ses innovations industrielles. L’État et les investisseurs privés ont misé massivement sur une vision sans avoir suffisamment validé, en amont, la viabilité commerciale et technique du modèle à grande échelle. L’usine a été construite avant que la preuve économique ne soit totalement établie.

Deux débats restent ouverts. Le premier concerne l’acceptation de l’échec : aux États-Unis, des pertes de plusieurs centaines de millions d’euros sont parfois perçues comme le prix de l’innovation, alors qu’en France elles déclenchent souvent des polémiques. Le second porte sur le rôle de l’argent public : les fonds privés prennent un risque assumé sur leur capital, tandis que l’État engage l’argent des contribuables. La frontière entre ambition industrielle et prudence budgétaire reste délicate à tracer.

Mini-jeu : « Attrape les insectes et les feuilles ! »

Fais bouger la bouche 👄 pour attraper un maximum de 🐞 et 🍃 avant qu’ils ne touchent le sol. Trois ratés et c’est fini. Chrono, score et meilleur score sont affichés.

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Sources :
  • Données financières et chronologie issues des documents fournis dans les captures d’écran.
  • Éléments sur Bpifrance et les aides publiques mentionnés dans les supports communiqués.
  • Informations sur l’usine de Poulainville et la liquidation judiciaire issues des documents transmis.
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